LA FAYDHA TIJANIYYA ET SON IMAM CHEIKH IBRAHIM NIASS

1900-1975 AJ, 1318 - 1395 AH

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Le khalif Cheikh Aliou Cissé introduit Cheikh Ibrahim Niass


Introduction
[Cheikh Ibrahim Niass], C’est le Cheikh – le Maître – dans toutes ses dimensions. [C’est le maître accompli dans toutes les charges afférentes aux fonction d’un maître : maître de Coran, des sciences islamiques classiques, auteur d’ouvrages , éducateur spirituel, éducateur par le comportement quotidien dans la famille, dans le travail et dans l’adoration]. Il est le porte-parole de son temps, la lumière de son époque, façonnée d’un moule unique (incomparable), le lieu focal du regard divin parmi les créatures, la porte ouverte de ceux qui souhaitent accéder à l’Enceinte scellée de Dieu, l’unique de son siècle dans la science et dans la religion, le maître de son moment dans l’éducation spirituelle (tarbiyya), le symbole des bien dirigés, le sceau des gnostiques du quatorzième siècle de l’Hégire. Il est la beauté des jours et des nuits, la preuve des gnostiques (connaisseurs de Dieu) remarquables, la lueur de la communauté muhammadienne, le défenseur de la voie ahmadienne, ibrahimique, la pure (il s’agit là de la voie tijaniyya conforme à la foi pure (hanîfa) du père des croyants, le prophète Ibrahîm), la crème de ses hommes majestueux. Il est l’aube des sciences et des connaissances, la somme des deux mers des sagesses et des [connaissances], la citadelle imprenable, la grotte élevée hors de portée, la perle de la couronne des nobles véridiques, la perle centrale du précieux collier des pôles hors pairs, le porteur du drapeau des honneurs parmi la créature, le rassembleur des sciences dispersées parmi les grands savants çufi de la communauté, du premier au dernier. Il est doué des beaux caractères et des saintes qualités morales muhammadiennes. Il est la limite des sciences émises par la Vérité Qui Gratifie [haqqâniyya et wahbiyya], des connaissances divines issues de la miséricorde de Dieu [rahmâniyya et rabbâniyya]; station qui ne saurait être décrite même avec prolixité et loquacité, par la simple grâce et la faveur de Dieu.

Il est celui qui n’a point d’égal ni semblable, ni dans le présent ni et dans le futur, celui-là qui s’est solidement installé sur la crête de la noblesse, de la pureté et de l’accomplissement par le biais de l’héritage muhammadien et de l’éducation spiritelle ahmadien khatmien [c’est-à-dire, de par la formation dans la tarîqa de Cheikh Ahmad Tijân, le sceau, khatm, des saints]. Paré des couronnes des plus beaux joyaux de joaillerie, il possède les indications subtiles et des instructions conduisant vers les grandes réalisations, les expressions inspirantes.

Genéalogie
Il s’agit là de notre maître, notre intercesseur envers notre Seigneur, le pôle, l’unique, le saint (rabbânî), le grand gnostique, le ferme (samdânî)[2], Cheikh Ibrahîm Niass
  1. fils de cAbdallah le Tijânî
  2. fils de Seyyidi Muhammad
  3. fils Mademba
  4. fils de Bakary
  5. fils de Muhamadul Amîn
  6. fils de Samba fils
  7. fils de Ridà (RA).
[Ridà, était lui un émigré arabe, qui s’est réfugié au Jolof, pourchassé à la suite d’une guerre sainte à laquelle il a pris part. Arrivé au Jolof, il a épousé la dame Djeyla, princesse issue de la famille du Roi de Jolof ou Bourba Jolof. Voir plus bas, la note de Ibrahim Abu Bakr Niass]

Naissance
Il est né le soir du jeudi, quinzième jour du cinquième mois de l’année lunaire de 1320, après l’Hégire à Tayba, village fondé par son père. Le sens du nom de ce lieu de sa naissance [Tayba signifiant pure ; étant aussi un nom de la ville du Prophète (psl)] préfigurait déjà de l’avenir majestueux de cet imâm majestueux.

Enfance et éducation
Il a grandi dans le giron de son père. Ce dernier, caractérisé par la chasteté, la crainte révérencielle, la bravoure, la vertu, une grande éducation, et par une grande dévotion, lui appris le Coran, version warch can nâficiñ, jusqu’à la maîtrise complète.
Dès son enfance, il manifestait déjà des signes patents de réussite. Mais, il redoubla d’efforts et ne les ménagea pas, en vue de l’acquisition des sciences classiques, celles qui sont énoncées (mantûqa) et celles qui sont inspirées (mafhûma). Il persévéra jusqu’à atteindre les objectifs en acquérant l’expertise avérée dans toutes les branches des sciences religieuses, en y occupant une place de premier choix, en très peu de temps. Alors, Dieu l’établi comme une miséricorde pour ses serviteurs, comme un avantage pour les métropolitains et pour les provinciaux. C’est son père, à l’autorité ancrée et à la célébrité répandue, s’est personnellement chargé de son éducation. Il reçut de ce père là, par la grâce de Dieu, les perles des utilités et le nectar des secrets, des invocations et des us et coutumes. Par la suite, Dieu lui accorda la grande ouverture, et lui accorda les sciences infuses [culûmu wahabiyyatu laduniyya : sciences infuses accordées par Dieu dans sa promiscuité, sciences qu’on acquiert pas par l’effort personnel ni par l’apprentissage]. Il ne les a apprises de personne ; plutôt, Dieu – celui qui connaît toute chose – les lui a accordées par inspiration divine.

Enseignements et étudiants
Il ne cessa de fructifier des acquis de sa science et d’en propager les résultats, jusqu’à ce que les foules, désireuses de sciences, affluèrent vers lui et s’inscrivèrent dans ses écoles. Ces écoles ont formé de grands savants, vertueux, et pratiquants. Les savants versés dans les sciences rationnelles et dans la gnose, ont témoigné de cela. Ses bénédictions se sont répandues sur l’ensemble des frères tandis que sa position a survolé celles de tous ses contemporains.

[Un de ses disciples, Cheikh Mustafà Guèye, ira plus loin en disant : Cheikh Ibrahima Niass a formé des savants qu’aucune université n’a encore formé de semblables !].

Intinéraire dans la voie tijaniya
Il a reçu l’autorisation dans la voie Tijâniyya de l’incomparable de son époque, la preuve de son siècle, le zamzam [pour dire le nectar] des ses litanies [ensemble des invocations journalières, hebdomadaires, mensuelles ou annuelles d’une voie çufie], et de ses secrets, la somme de ses lumières et invocations, son maître et père, le savantissime, le guide parfait par l’exemple, le khalif de Cheikh Ahmad Tjânî sans le moindre doute, le porteur du drapeau de la sa voie dans les pays de l’ouest, n’est-ce-pas lui, le guide, l’une des sommités parmi les montagnes, le rassembleur entre les sciences exotériques [Charîcatu : loi officielle, ou monde extérieur] et les sciences ésotériques [haqîqa : mysticisme ou loi interne ou réalité cachée des choses], ce qui fit de lui le meneur et guide de la voie tijâniyya, je veux nommer El Hadj Abdallah fils de Seyyid Muhammad, que Dieu ne cesse de l’élever vers la position la plus loué. Puis, son âme complète et fière, calme, agréante et agrée [l’enseignement çufi distingue septs dégrés de l’ame : l’âme (nafs) est d’abord encline au mal (ammâratun bissû-i), puis (lawwâma ), puis inspirée du bien et du mal (mulhama), puis appaisée (mutma-inn), puis agréante (râdiyya), puis agrée (mardiyya), puis enfin complète et totalement accomplie (kâmila) : dans cette dernière étape, il n’y a plus de séparation entre Dieu et l’esclave] s’enflamma d’aspirations et son souci supérieur, qui réduirait d’un seul coup les montagnes en poussière s’il s’y était attaqué [pour dire : les plus grandes difficultés ne résisteraient pas devant sa volonté], se dressa vers la cueillette des fruits des sciences infuses (haqqâniyya) et des goûts malakûtî et des secrets jabarûtî [Dans l’enseignement çufi et tijânî en particulier, Dieu possède cinq enceintes : le nâsût, le malakût, le jabarût, le lâhût et le hâhût]. Il y atteint un point incessible à tout autre, à cause de son élévation, dans le passé et dans le futur. A ce propos, le savantissime poète au style délicieux, mawnâk al-tungudî, a dit, en éloge à Cheikh Ibrahîm Niass :
Célèbre pôle et couronne de la Tijâniyya ;
Son guide ; et ses parents furent ses couronnes

Doué de la station suprême inaccessible
Aux gnostiques, même à la gnose très élevée

Par lui, la renommée de la charîca s’est fortifiée
Par lui, les fondements de la haqîqa se sont dressés

N’eût été lui, les traces de toutes les deux seraient perdues, Et leurs piliers anéanties parmi la créature.


Ensuite, il se dressa pour le service des créatures, jour et nuit, matin et soir, au moyen des sciences infuses et les connaissances divines.

Intinéraire dans la voie tijaniya
Il monopolisa et enfourcha le Coran [enfourcher : image pour dire : maîtriser], les traditions du Prophète (PSL), la littérature, l’enseignement, l’orientation, l’éloquence, la rhétorique dans ses multiples aspects, à un tel point qu’un autre s’y sentirait comme un pique-assiette. Les littéraires de son époque, des contrées immédiates et lointaines, ont tous témoigné de cela. Quand il s’exprime, les maîtres arabe de l’éloquence se mettent à genoux en lui tendant l’oreille, et quss ibn sâcida devient bâqil à ses cotés. [quss, célèbre poète et littéraire arabe. On le donne souvent en exemple de quelqu'un de très doué, devant Bâqil, exemple d’homme plutôt insignifiant]. Il avait la maîtrise de toutes les sciences rationnelles et les sciences transmises. Il les manipulait à sa guise dans multiples sens, y extrayait ses perles, à l’improviste, de ses mines.
Quant aux vérités essentielles divines et les connaissances saintes, il en fut le dépositaire, la clé, la niche, la lanterne et le verre [termes typiques empruntés à la description coranique de la lumière divine : Dieu est la lumière des cieux et de la terre. Il en est de Sa lumière comme d’une niche où trouve une lampe, dans un vers, le verre, comme un astre de grand éclat …, Coran 24 :35]. Il jouissait de très nombreuses faveurs et des qualités immenses.

Ses honneurs et son compagnonnage.
Ses honneurs, ses gloires, ses bienfaits envers la créature de Dieu, de toutes sortes, matériels et immatériels, sont si nombreux que toutes les plumes et les langues du monde ne peuvent les énumérer. Il a tété les mamelles de la gloire, de la bonne éducation et de l’effort librement consenti en vue de l’obtention de l’agrément de Dieu l’Affectueux et le Gracieux, de l’assistance aux pauvres et démunis et impotents. Il persévéra dans cette voie jusqu’à ce que sa renommée se propagea et illumina les horizons. Furent plantés devant lui les drapeaux de la victoire, sans contestation possible. Il ne cessa, durant sa vie, de gratifier e xcellence, surplus, dons et grâces, à tout instant, à tout moment. L’écoulement de ses bienfaits et de sa générosité, et de sa bienfaisance est comme un mouvement perpétuel de va et vient dans tous les recoins. En résumé, ses qualités sont innombrables hors de portée de toute inspection. Les chiffres, mêmes utilisés sur toutes les feuilles, ne sauraient y parvenir !

Son autorité en poésie et prose.
Quant à son excellence en poésie (nazm), prose (naçr), en rhétorique (badîca), allitération (jinâs), en éloquence (fasâha et bayân) de la plume et de la langue, ni Sahbân ni Hasân ne sauraient rivaliser avec lui. [Sahbân bn wâ-il et Hasân sont deux très grands poètes et littéraires arabes, donnés en exemple de sommités dans ces domaines].

Oeuvres.
Il a écrit plusieurs ouvrages, rapports, notes et ouvrages-réponses, importants et utiles, y condensant les connaissances éparpillées dans textes de l’élite des imâms et guides sûrs. On peut citer parmi ses ouvrages
  1. Kâchifu al-ilbâs can faydati al-khatmi abî l-cabbâs
    Le dévoilement des voiles de la profusion du Sceau, Abûl Abbâs
  2. Masarratu al- majâmici fî masâ-ii äl-jâmici
    La joie des assemblées à propos des questions relatives à la grande mosquée
  3. al-khamru al-halâlu fî madhi sayyidi al-rijâl
    Le vin licite à propos de l’éloge du Seigneur des hommes
  4. Taysîri al-wusûli ilà hadrati al-rasûl
    Le rapprochement de la liaison vers l’enceinte du Prophète
  5. Tîbu al-änfâsi fî madâ-ihi al-khatmi abî al-cabbâs
    Le parfum des âmes dans l’éloge du Sceau, abu Abbâ
  6. Rawdu al-muhibbîna fî madhi sayyidi al-cârifîna
    Le jardin des aimants à propos au seigneur des gnostiques
  7. Al-nûru al-rabbânî fî madhi al-sayyidi ahmada al-tijânî
    La lumière rabbanique à propos de sieur Ahmad Tijân
  8. Rûhu al-adab, limâ hawàhu min hikaminñ wa âdab
    La quintessence de l’éducation spirituelle.
  9. Nûru al-basari fî madhi sayyidi al-bachar
    La clairvoyance de la vision dans l’éloge du seigneur des hommes
  10. A-sirru al-akbar wa al-kibrûtu al-ahmar
    Le plus grand secret et le souffre rouge
  11. Tuhfatu al-atfâli fî haqâ-iqi al-afcâl
    Le cadeau des enfants à propos des réalités des verbes
  12. Al-faydu al-ahmadî fi al-mawlidi al-muhammadî
    La profusion ahmadienne sur la naissance muhammadienne
  13. Tabsiratu al-anâmi fî anna al-cilma huwa al-imâm
    Eclairage des hommes que la science est le guide
  14. Ruhu al-hibbi fî madhi al-qutb
    L’Esprit de l’Amour dans l’éloge du pôle (qutb)
  15. ?? Tabsiratu al-anâmi fî jawâzi ru'yati al-bârîï fî al-yaqzati wa al-manâm
    Eclairage des hommes sur la possibilité de la vision de Dieu, en état de veille et en état de sommeil.


[Conclusion]

Qu’il te suffise pour preuve de son mérite, sa haute autorité, la grandeur de ses préoccupations, son élection par le seigneur, comme le puits de breuvage de ceux qui ont soif, le point de refuge des pèlerins aspirants, le secoureur de ceux qui cherchent protection, le succès des nécessiteux, l’aliment de ceux qui frappent aux portes. Considère aussi l’avènement de la fayda [profusion mystique permettant au Cheikh me mettre en contact les disciples avec l’enceinte sacrée divine] , celle-là même qui a été prédite par Cheikh Ahmad Tijâni, le pôle , le sceau caché, le muhammadien, le connu. Il s’était propagé que celle-ci devait se produire à la fin des temps. Des milliers de disciples ont atteint, par son intermédiaire, à la gnose parfaite, en témoins occulaires. Des délégations, par groupes, lui sont venues de toute part, de toute race, ont embrassé notre Voie, voie des grâces rabbâniques et des dons gnostiques.

Tous ceux qui ont pris ce wird précieux, ont obtenu le secours spirituel (madad) et se sont installés dans les contrées de la gnose.
Le poète déjà cité, al-tungudî, a dit à ce propos

O toi le meilleur vers qui les chameaux sont dirigés vers sa porte,
Et vers qui les caravanes, en visite, se font la course

Le bonheur des êtres est dans la visite qu’ils te font
leur malheur est dans leur abandon de celle-ci

Les êtres s’épanouissent de ton souffle et, les blancs,
Suivirent les noirs vers toi,

Gardien de la Voie, tu l’as amolli pour tes disciples au point
Qu’ils ne craignent ni la pierre ni la roche

Tu es l’imâm, son[5] imâm, son medecin,
Son guide, son luqmân, son prince

Tu es son tubbacu, son qaysar, son charwân, son najâch, son khâqân[6]